Cœur-Chercheur

                                                                              Cœur-Chercheur

 

Cœur-Chercheur est inlassable, insatiable, infatiguable. Bien jeune, il a pourtant vécu bien des choses, à corps et à cœur perdus, à donf’, pour le fun et le move, le soul et le groove. Pour être au top de la life.

Il rencontre Grand-Cœur-Limpide. Voici comment a lieu cette rencontre peu ordinaire.

C’est un bel après-midi finissant, sous les feux ultimes du jour qui s’achève, furieusement ocré, bientôt ombré de voiles qui peu à peu s’étirent… Mais Cœur-Chercheur n’est pas poète : il agrippe sa main, assure son pied, écarte ses cuisses à l’extrême, tire, pousse, se hisse, sue, souffle et s’assoiffe : harnaché, suspendu, entre air et roc, il grimpe. C’est sa nouvelle passion, son nouveau défi, son impérieux dépassement. Le dernier moyen qu’il a trouvé pour ne pas penser, ne pas souffrir, surtout ne pas se poser.

Cœur-Chercheur est un expert en extrême, un ex-perd car pour lui, se perdre, s’oublier, c’est se trouver, c’est comme une intuition au fond de lui.

Il y a eu d’abord la voile, ses vents, ses mers, ses frousses bleues ; puis, la plongée – en apnée s’il vous plaît -, puis les grottes et les gouffres dans  le noir de la terre ; puis les muscles et les filles subjuguées, puis le grand vertige des sauts, suspendu sous la voûte blanche, insignifiant et libre comme l’oiseau ; puis le vacarme vrombissant des moteurs qui tournent,  tournent, comme ça, pour rien… Oui, Cœur-Chercheur cherche, sans répit, sans économie, sans cesse, il cherche.

Encore une prise, là, sous cette encoche, un appui, un peu risqué c’est vrai, sur ce tout petit relief, ne pas regarder en bas, sentir le rocher, humer les  sauvagines, d’un revers de bras s’essuyer le front, ahaner une dernière fois et tirer, oui  de toute sa force tirer…

–         Bonsoir Cœur-Chercheur, je t’attendais !

Il reprend ses esprits, se cale au bord de la falaise, non sans fierté estime le dénivelé, tord sa bouche pour essayer de sourire – mais il est si épuisé -,  s’essuie encore le front, et finit par boire au goulot qu’on lui tend.

–         Mais t’es qui ?

–         Peut-être ton ami. Repose-toi, puis parlons un  peu… Magnifique, ce coucher de soleil, n’est-ce pas ?

–         La prochaine fois, je dois pouvoir le faire en moins de temps !

–         Tu as vu ces couleurs, cet or, ce pourpre à l’horizon, cet…

–         Et sans boire !

–         Pourquoi fais-tu cela Cœur-Chercheur ?

Il considère Grand-Cœur-Limpide, le trouve extraordinairement tranquille,  d’une particulière beauté, en tout cas sympa, c’est sûr.

–         Pour vivre, grand inconnu, pour vivre, voilà pourquoi !

–         Penses-tu qu’il te soit nécessaire de faire ainsi souffrir ton corps pour avoir cette sensation de vivre ?

–         Sinon, je m’ennuie.

–         Toi qui ne crains pas le vide, tu as peur du vide de ta vie… et pourtant il est un Vide, un Rien, plein de Lumière, qui vit vraiment dans ton cœur. Tu es dans une bonne position, maintenant tout à fait détendu par cet immense effort, voici ce que je te propose : ferme tes yeux doucement et sens dans ton cœur cette Lumière qui vit plus que tout, cette Vie de la vie.  Car ce que tu cherches si avidement à l’extérieur se trouve en toi. S’il te plaît, méditons un moment.

Fermer les yeux, s’arrêter un moment, pourquoi pas, après cette prouesse d’escalade, oui, Cœur-Chercheur veut bien. Bon, Grand-Cœur-Limpide l’avait averti : rien ne se passe ;  bien reposant en tout cas. Mais maintenant, qu’est ce que c’est que ce tourbillon d’idées, interlopes, fugaces, cette succession d’émotions sans rapport entre elles… puis ce vertige, ce mental suspendu là-haut, bien loin, tandis que quelque chose fouille tout au fond de mon cœur… Je  vais pas pleurer quand même ! Mais si, quelques larmes, y avait longtemps… Je ne sais même pas pourquoi, ce n’est pas de la tristesse, peut-être comme une nostalgie, non, pas tout à fait… je ne sais plus, je me laisse faire, cède, plonge plus profondément… et puis, et puis,  le calme, quelque chose de doux, de bon, de frais, ou bien de chaud, peut-être que c’est ça la Lumière… Juste rester là, les yeux fermés, à goûter cette présence, un moment encore…

–         C’est tout !

Assis côte à côte, tout en haut, ils contemplent la brume. Le soleil s’est couché, le jour doucement s’est retiré, partout autour l’ombre s’est répandue.

Mais dans leur cœur, encore,  la Lumière est là.

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