Cœur-Danseur

                                                                    L’histoire de Cœur-Danseur

 

 

   Dans le vestiaire :

« Décidément, ça s’arrange pas ! J’ai encore craqué mon juste-au-corps… »

Cœur-Danseur n’est pas très contente, on peut dire même qu’elle est désespérée car elle voit bien qu’elle a tendance à prendre du poids. Elle est pourtant plutôt mince, mais pour son répertoire classique, mieux vaut être très mince, légère, aérienne … voilà pourquoi son professeur lui fait de drôles de mines ces derniers temps.

La danse, c’est toute sa vie, toute la vie qu’elle veut vivre. Ça a dû lui venir comme ça, tout d’un coup, elle ne se rappelle pas vraiment. En fait, depuis toujours elle danse, il lui semble même qu’elle dansait déjà dans son cœur avant de faire des figures avec ses jambes, ses bras, tout son corps. Toute petite, sa mère lui disait «  Arrête de gigoter ! ». Alors Cœur-Danseur comprenait que gigoter voulait dire danser. Et elle gigotait de plus en plus souvent, seule, dans sa chambre, ou dans la rue en allant à l’école, ou aux toilettes.

Et puis, au fil du temps, Cœur-Gigoteur est devenue Cœur-Danseur.

Et maintenant Cœur-Danseur risque bien de devenir Cœur-Rondeurs, et pour le gala de fin d’année, son cavalier aura plus de mal à la soulever par la taille. Alors, son juste-au-corps qui vient de craquer, c’est juste ce qui la fait craquer un peu plus aujourd’hui. Elle se rhabille en vitesse et se sauve. Pas de cours : elle a trop honte.

Dans la rue, elle ne sait pas vraiment où aller. Au coin d’une rue, elle se cogne à Grand-Cœur-Limpide. Il sourit, referme un moment ses bras autour d’elle, la prend par l’épaule et l’accompagne.

–         Tu sais, ça va aller…

–          ??

–         Ton problème, ça va aller !

–         Et comment tu connaîtrais mon problème, toi, et d’ailleurs comment es-tu sûr que j’aie un problème ?

–         Je le sens.

Bon, elle veut bien croire Grand-Cœur-Limpide. Alors, elle développe :

–         Si je continue à manger des gâteaux, des bombons et tout, la danse, ce sera bientôt fini pour moi. Et moi, sans la danse, j’existe plus !

–         Que ressens-tu quand tu danses ?

–         Je sens que je suis vivante, je saute, je tourne, je bouge… je vis !

–         Et quand tu ne danses pas ?

–         Je saute, je tourne, je bouge… dans ma tête, et alors je vis aussi. Mais des fois, ça n’est pas la même chose : rien ne se passe, mon cœur ne danse plus, c’est comme une panne de voiture, ça fonctionne plus.

–         Tu es vraiment un Cœur-Danseur ! Et si tu utilisais ces « pannes de cœur » pour t’arrêter et aller encore plus loin, plus profond ?

–         J’vois pas…

–         Justement, si tu as une panne, c’est peut-être que ton esprit est fatigué de tourner à vide, qu’il te commande d’arrêter un  moment, de prendre du repos.

Tout en marchant, Grand-Cœur-Limpide a emmené Cœur-Danseur dans un petit jardin secret, tout calme, avec de l’herbe et un bel arbre, et puis des coquelicots, des roses, du chèvrefeuille. Ils s’assoient.

–         Comprends : tu as toute la vie qu’il te faut dans ton cœur. C’est là que se trouve le cœur de ta vie, l’élan de ta danse, la perfection de ton mouvement. Tu n’as qu’à y puiser. Mais toi seule peux le faire, toi seule détiens la clé de ce cœur-vivant-qui-n’a-jamais-de-panne. Il s’ouvre à l’instant où tu le décides, à l’instant où tu veux bien te mettre à l’écouter vraiment. Alors, ce que tu ressens comme une panne, ça n’est que ton cœur qui demande un peu d’attention.

–         Mais qu’est ce que je dois faire pour écouter mon cœur ?

–         C’est très simple : tu t’assieds, tu fermes les yeux et tu penses à ton cœur pendant un moment. Et à la fin, avant de rouvrir les yeux, tu réfléchis à ce que ton cœur t’as dit dans son langage de cœur-lumière.

Cœur-danseur n’a pas tout compris, mais elle se sent un peu mieux.

Alors, elle se promet d’écouter les conseils de Grand-Cœur-Limpide. Quelques temps plus tard, un jour de « panne », elle se souvient de ce beau jardin lumineux, avec ses fleurs, son arbre, si calme et si joyeux pourtant. Cette fois, elle a moins besoin de combler ce vide par toutes sortes de friandises. D’ailleurs ce vide n’est pas vide, il est juste plein de lumière, comme le jardin. C’est sûr la lumière, ça n’est pas bien lourd,  c’est pourquoi elle sent son cœur  si léger…

Un jardin à elle, voilà ce qu’il lui fallait.

A suivre…

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