Les petits hasards – suite

Les petits hasards- suite

 

Permettez-moi de reprendre un fragment de la citation de Bergson qui a de quoi nous questionner durablement : « …C’est à force d’idéalité seulement qu’on reprend contact avec la Réalité » – mettons un R majuscule à ce dernier mot.

Car si l’idéalité peut faire partie de notre quotidien, de nos indispensables points d’appui, comment canaliser cette aspiration à un Idéal de perfection, de Lumière, d’Amour omniprésent, omnipotent, intérieur autant qu’extérieur, sans risquer de nous fourvoyer dans les chemins tortueux et extravagants de l’imaginaire ? L’irréel (avec un i minuscule) en lieu et place  de l’Idéal (avec un I majuscule). La fuite au lieu de l’appréhension rigoureuse d’une Réalité qui parfois dépasse nos possibilités de conceptualisation. Un fragile refuge dans une poésie de conte de fées qu’il nous faudrait chaque jour reconstruire pour qu’il continue à nous abriter contre la dure réalité de nos vies. Un déni des lois universelles au profit de lois imaginaires que nous fabriquerions pour notre confort psychologique, pour tenir debout dans un monde d’adversités.

Construire de toutes pièces un « merveilleux » dans une réalité ambiante qui ne nous satisfait pas,  nous semble hostile, a certes bien des avantages, mais risque fort de nous détourner du véritable merveilleux que la Vie, la Nature nous offrent à chaque instant, de tous ces petits ou grands miracles qui interviennent et qu’un esprit alerte saura découvrir et décoder.

A chaque instant plusieurs chemins s’ouvrent devant nous et il nous faut choisir celui que nous foulerons, le paysage que nous voulons découvrir, le chemin que nous créerons en marchant : «  Il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant » nous dit le poète[1]. A nous de le parcourir les sens et la raison vigilants, aiguisés par l’expérience, et nous découvrirons mille indices qui nous mettront sur la voie du merveilleux de la vie, qui nourriront notre besoin de Lumière.

Notre aspiration à une vérité qui a du sens s’intensifie immanquablement au fur et à mesure que nous progressons et « Plus on est avide, plus il est indispensable de reculer coûte que coûte les bornes du merveilleux ». C’est Jean Cocteau qui l’affirme et c’est bien naturel : plus on « déniche » le merveilleux dans notre quotidien, mieux on l’accepte, plus grande est notre capacité de le vivre. Le merveilleux devient l’ordinaire miraculeux de notre vécu.

Oserais-je vous confier un de mes petits miracles, qui pour moi disent de grandes choses ? Il est survenu hier. Relisant mon article sur le sens de la vie en vue d’une publication sur un site Heartfulness, que j’avais conclu par « le grand oui à la vie » de Nietzsche, j’allume la radio et tombe sur une émission de France Culture traitant point pour point du même sujet ! Qui plus est, le commentateur évoque ensuite les rapports que nous entretenons avec le merveilleux  en tant que refuge, et qui finit par être si prégnant que l’on ne peut plus vivre sans.  Ce merveilleux, souligne-t-il, peut d’ailleurs être basé aussi bien sur des expériences authentiques que sur des constructions imaginaires ayant pour but de nous rassurer sur notre vie et sur l’existence d’un ailleurs consolateur. Tel était justement le propos que je comptais tenir en continuant cet article ! Comment ne pas être troublé par une telle concordance entre mes préoccupations du moment et mon geste d’allumer la radio aussitôt après ? Quel peut  être le déterminisme, la logique intrinsèque à cette synchronicité et qui ne l’a déjà éprouvée ?

Le mental s’incline devant le grand mystère de ces petits évènements, il s’émerveille et se tait.  Dans ce silence bienfaisant, nous devenons disponibles et enclins à nous laisser absorber dans la Lumière de notre cœur…

A bientôt !

 

 

***

[1] Antonio Machado

3 commentaires sur « Les petits hasards – suite »

  1. Bonsoir
    la première partie de ton texte me fait penser au rêve, lorsqu’on est dans un merveilleux rêve, on a envie d’y rester car le retour à la réalité peut faire mal, être brutale …
    je pense qu’il y a des moments dans notre vie où « quelque chose » peut-être un instinct, nous aide à choisir le chemin ?
    Réaliser le merveilleux, la beauté de la vie, apprécier les moments de bonheur, méditer, sont des ouvertures d’esprit qui permettent d’être à l’écoute de ce qui nous entoure, de soi-même, des autres …
    J’adore ta phrase « Le mental s’incline devant le grand mystère de ces petits événements, il s’émerveille et se tait. »
    (Peut-être que tu vas me répondre, ce serait une petite joie de la vie) … Bise !

    J'aime

    1. Voui, je te réponds Claudine, maintenant que je sais le faire 🙂
      Je me méfie de nos tendances à tout enjoliver pour nous rassurer à n’importe quel prix, même en imaginant des choses qui n’existent pas. Le refuge dans l’imaginaire ( et non l’idéal ) peut être dangereux et nous empêcher de prendre à bras le corps les problèmes et les défis de notre vie. Vivre dans le déni, le leurre n’aboutit qu’à des impasses, alors qu’analyser une situation avec objectivité, exactitude et un minimum de distance amène je crois presque toujours à une issue favorable.
      Beaucoup de personnes prennent le prétexte de la magie de la méditation pour ne pas faire face aux difficultés qu’ils rencontrent… Mais je sais que ça n’est pas ton cas et que tu es en très bonne voie !
      Bien affectueusement,

      Yves

      Aimé par 1 personne

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