ego et souffrance

Ego et souffrance

 

Si l’ego est le  » moi je « , ce sentiment d’exister comme un individu indépendant, pour nécessaire et même indispensable à notre survie dans ce monde, cette instance si prégnante de notre système nous est-elle à chaque instant positive ? Quelle en est sa responsabilité dans nos souffrances et pouvons-nous n’en garder que le bon côté ?

L’ego se manifeste dans nos vies par trois sortes d’attitudes :

–        l’attraction : je veux ce qui est me paraît bon, plaisant

–        la répulsion : je ne veux pas ce qui me paraît mauvais, déplaisant

–         l’indifférence.

S’en suivent, par voies de conséquences toute une série  de comportements, de stratégies, de luttes pour vivre selon les lois de notre ego. Nous verrons comment cette lutte est de fait responsable d’une partie de nos souffrances.

L’ego est-il notre ennemi ?

Pour les bouddhistes, l’ego n’a pas d’existence propre, n’est qu’une construction fictive, du domaine de l’illusion,  et il est parfaitement inutile de se battre avec son ego pour l’amoindrir. Car se battre contre son ego est encore de l’ego, le fruit de la volonté de l’ego lui-même. Néanmoins, si illusion il y a, elle est si puissante qu’à mon sens on peut à peine parler d’illusion, puisque aussi bien nous y sommes immergé corps et âme.

Il s’agit bien plutôt  de régler notre ego de la manière la plus naturelle qui soit, afin d’atteindre à la régulation de nos pensées et donc de notre action. Nous verrons comment la méditation, méthode non-violente et naturelle, est une méthode de choix pour cette régulation, cette « réconciliation » avec soi-même.

Ego et souffrance

Une fois l’ego constitué et consolidé au fil de nos expériences – nous ne pourrons pas y  échapper –  nombre de nos souffrances peuvent en découler à cause du processus d’identification à notre ego. Notre ego, avec toutes ses couches, son organisation si complexe, devient ce que nous sommes, et hors de lui pas de sensation d’exister.

Pour Eckhart Tolle, une grande partie de nos souffrances est évitable et inutile, et nous nous l’infligeons par nous-mêmes ! C’est bien de ces  souffrances évitables  dont nous parlons ici.

En effet, si l’ego nous donne la sensation d’exister,  nous confondons ego et existence. Ainsi, toute menace contre notre ego devient menace contre notre existence propre, menace contre notre survie. S’en suit automatiquement une réaction en chaîne ayant rapport avec le stress et la libération des hormones qui y correspondent  ( adrénaline, cortisol… ). Le corps réagit à ce stress et se met donc automatiquement soit en mode « lutte » soit en mode «  fuite ».

Prenons l’exemple d’une simple remontrance d’ordre domestique ( «  Tu n’a pas plié ton linge », «  tu as mis trop de sel » etc… ) : cette attaque contre mon ego est vécue à tord comme une attaque contre ma survie et va déclencher un stress bien inutile.  L’agression appellera selon le cas une impulsion de vengeance ultérieure ( mode lutte ), ou bien une impression d’humiliation qui n’est autre qu’une blessure d’ego ( mode fuite ). Si l’évenement se répète, le stress devient souffrance.

Cette identification peut se faire à différents niveaux :

  • sur notre métier ;
  • nos croyances et convictions ( ex : les kamikazes qui meurent pour leurs convictions, qui annihilent leur existence-même pour la survie de leur ego !! ) ;
  • notre apparence physique ( velléités de conserver une apparence jeune avec les dérives vers l’obsession esthétique) ;
  • notre nationalité ;
  • et même nos maladies ( ce qui nous empêche de vouloir réellement guérir, le soin devenant alors une menace pour cet ego-maladie si solidement constitué )…

Ainsi, toute attaque ou même toute critique contre ces instances devient une attaque contre notre existence propre !

Or, il est clair que limiter notre existence à cette somme de choses superficielles  est un leurre : nous avons en nous un espace immuable, le Soi, l’être intérieur, qui, lui, vit en dehors de l’ego et n’est que rarement menacé… sauf par l’ego justement ! A nous de lui redonner sa place première et prépondérante dans notre vie.

Ego et présence

 L’ego a ses propres lois, qui sont contraires à celles de l’instant présent. Il se réfère constamment au vécu, à l’expérience, à nos préjugés, nos peurs, notre éducation. Lorsque nous réagissons par notre ego, nous sortons de la présence à l’action que nous sommes en train d’accomplir.

Pour minimiser nos souffrances, nous pouvons nous raccrocher à ce qui en nous ne vieillit pas : nos capacités d’émerveillement, nos capacités gustatives, d’humour, de créer… L’exemple des personnes en fin de vie, pris en charge par les unités de Soins Palliatifs, le démontre.  Mais si nous nous focalisons sur l’ego, si nous le laissons nous définir entièrement, ces capacités disparaissent, comme disparaît la possibilité de vivre l’instant présent,  y compris l’instant dernier, celui du passage de la mort ( le « pas-sage » ).

En résumé, l’ego n’est pas notre ennemi tant que nous le tenons en respect, à distance,  et il nous suffit pour cela de faire preuve d’un minimum de vigilance vis-à-vis des soi-disant menaces qui se présentent à nous. Nous découvrirons que, bien souvent, ce qui me fait souffrir est la blessure ressentie par mon ego  et que c’est elle qui va me dicter toute une série de réactions desquelles j’aurai du mal à me sortir… essayez donc la vigilance, et vous verrez !

L’ego est l’organe que nous construisons inlassablement et qui inlassablement nous sépare, alors même que, nous humains, sommes par nature des êtres d’intercommunication, des êtres de lien.

 

***

2 commentaires sur « ego et souffrance »

  1. On a besoin des autres, de leur regard, leur avis car on ne se voit pas sois-mêmes, surtout nos travers … on a besoin aussi de moments avec soi-même … Merci ! Claudine

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    1. Les découvertes que j’ai faites en travaillant ce sujet m’ont beaucoup apporté et j’ai pu enfin mettre des mots sur ce que je ressentais intuitivement à propos du lien entre ego et souffrance. Bien souvent notre souffrance se nourrit de notre ego et c’est notre ego qui souffre bien avant notre moi profond qui lui est stable et moins vulnérable.

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