La douleur

La douleur

 

N’ayons pas froid aux yeux pour aborder sans complexe cet épineux ( des épines qui font mal ) domaine de réflexion.

En effet, quoi de moins réjouissant, de moins populaire,  à lire,  à réfléchir que de le faire sur nos douleurs ? Et pourtant… le Cormoran que je suis décide d’arrêter de voler un moment et d’enfouir son bec dans son plumage pour y penser, et ce faisant se consoler par avance des douleurs qui ne manqueront pas de survenir dans son insignifiante existence.

1er axiome

Si la douleur existe c’est bien qu’elle a une utilité. Car tout est utile dans la Mère Nature, même les moustiques. Corollaire  de l’axiome : il nous appartient de comprendre cette utilité, tout d’abord probablement de la pressentir par notre intuition, puis de la vérifier par des faits, des exemples, des vécus. Car Frankl, ce grand médecin  spiritualiste, affirme que « l’homme n’est pas détruit par la souffrance, mais par la souffrance qui n’a pas de sens ». C’est bien le problème du sens que nous pouvons, que nous devons trouver à nos douleurs, faute de quoi le sentiment  de l’absurdité finirait par imprégner la moindre de nos cellules et influencer négativement et profondément nos métabolismes, puis notre mental, puis nos émotions, à moins que ce ne soit en sens inverse, mais peu importe, le résultat étant le même : la vie serait une vaste absurdité et ne vaudrait donc pas forcément la peine d’être vécue.  Donc, le sens.

2ème axiome

Sans douleur, le plaisir, le bonheur n’existeraient pas. On ne peut juger et savourer le bonheur qu’à l’aune des souffrances que nous avons vécues. C’est la loi universelle des contraires, de la dualité dans laquelle nos frères les pauvres humains  vivent le plus souvent ! Mais certains, encore trop peu nombreux, ont la capacité de fermer les yeux, de vivre pendant leur méditation en dehors de cette dualité,  sans question, juste présents à la béatitude de l’instant, et de faire en sorte que  cette non-dualité, disons ce sentiment d’Unité, perdure un peu dans leur quotidien et finisse par être la saveur dominante de leur existence. Nous autres, oiseaux des mers, savons depuis toujours fermer les yeux au grand soleil et goûter l’infini…  Quelqu’un a dit « On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va », et c’est Jacques Prévert toujours aussi farceur, parfois un tantinet cynique. Parce que cela implique que le bonheur ne peut exister consciemment, puisque l’on ne peut l’appréhender qu’au moment-même où il s’évanouit. Un oiseau qui s’envole lorsque l’on s’aperçoit combien il était beau et précieux  et  qu’on l’avait au creux de notre main ! Proust prête d’ailleurs comme seule vertu au bonheur de conforter notre corps ( car le bonheur est bon pour le corps ) afin de pouvoir mieux affronter la douleur ( étant entendu que la douleur serait bonne pour l’esprit ).

Je résume le début de ce  propos : la douleur a forcément une utilité, et celle-ci serait en premier lieu de nous faire goûter le bonheur. Mais est-ce là la seule utilité de la douleur ? Et ceux dont la vie n’est que douleur, à quel bonheur pourraient-ils goûter ?

Bon, à ce stade de mes réflexions, je sors le bec de mes plumes  et vais un peu me dégourdir les ailes car les douleurs dues à l’âge m’y obligent… mais tout en volant, je vais continuer de réfléchir sur ce cas concret : à quoi peuvent me servir mes rhumatismes ?

 À suivre…

Un commentaire sur « La douleur »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s