Le jardin – suite

Une allée feuillue, couverte de frondaisons formant tunnel, où percent çà et là des rais de lumière verdie par les feuillages. Une odeur de mousse et de vénérables lichens épars sur les dalles inégales de l’allée. Une humidité bienfaisante, si près des vents marins. Tom et moi avançons sans mot dire dans ce qui nous semble un sanctuaire de la nature.

Et, au bout de l’allée, une explosion de soleil qui nous fait ciller avant de distinguer la palette des couleurs qui s’offre à nous : les rouges des pavots, l’indigo des agapanthes, le mauve d’un bouquet de scabieuses,  le blanc nacré du seringa, l’orange franc des capucines qui grimpent le long d’un mur, et aussi  l’incarnat de lourdes pivoines, le vert tendre des fleurs d’un grand tilleul comme je les aime, et le rose du ciste, le jaune des grappes dégoulinantes du cytise, et tout l’arc en ciel d’un bosquet de dahlias !…

De joie je m’envole pour quelques tours,  sous le regard envieux de Tom resté rivé au sol. Il faudra que je raconte ça à Grand-Père Cormoran, car je doute qu’il accepte de se déloger de sa falaise. Qu’il puisse exister un pareil jardin me réconcilie avec le genre humain. D’ailleurs, vient à notre rencontre un vieux monsieur au large sourire, barbichette blanche et yeux démesurés. On ne voit que ses yeux et ses mains qui semblent ailées tant elles sont mouvantes et rapides,  pleines de grâce dans le moindre mouvement.  Il a un accent étranger, roule les R, sans doute vient-il d’Extrême Orient, peut-être les lointaines Indes.

  • Je te présente mon ami Babuji ! Ne me demande pas comment nous nous sommes trouvés, lui seul te dira le chemin qu’il m’a fait prendre pour arriver jusqu’à lui. Il a des secrets comme ça !  Depuis, je me sens comme collé à lui, même en son absence.

L’ami rit et bouge ses mains, articule quelques onomatopées qui ont l’air de l’amuser, et son amusement est contagieux. Il finit par nous faire signe de le suivre dans son jardin. Je n’ai jamais rien vu de si beau, de si parfumé, de si léger que cet endroit. Un univers de fleurs, d’arbres et de bosquets visiblement habité par de nombreux spécimens de la gente ailée, tout un fouillis pourtant organisé et savamment complanté. Je volette, je sautille, j’écoute la musique de la nature.

J’écoute aussi ce que le vieux monsieur nous dit, ou plutôt nous enseigne :

  • Voyez-vous ce jardin, c’est la vie, c’est la mienne, ça peut être la vôtre aussi, celle de tout le monde, à  chacun de le créer selon son bon vouloir… mais, vous comprendrez bien sûr que, si on veut un beau jardin, quelques règles et précautions sont à respecter, un « process » comme on dit maintenant ! Et il rit de son rire espiègle et enfantin.

Tom me fait signe d’écouter avec plus d’attention au lieu de gratter mes plumes du bout du bec. Mais, pour mieux vous  restituer ces paroles chers amis – car elles m’ont fait grand effet -, je préfère les mettre tout d’abord au clair, afin d’en extraire l’essentiel.

 

 A suivre…

 

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